Publiée le par Hugo BOSSIS
Mon expérience sur la Termières Dera Libertat du Val d'Aran
Mon objectif principal de cette année est l’ultra tour du GRP fin août avec ses 174 km. Pour préparer cette distance, je voulais m’aligner sur un trail de montagne de 70-80 km, environ deux mois avant.
Et puis, même si à la base, je ne suis pas attiré par les grandes courses très médiatiques, ma participation à l’endurance trail des Templiers en octobre 2025 m’avait donné des idées: pourquoi ne pas tenter un jour de cocher la case de l’UTMB dans les trails que j’aurais fait au moins une fois dans ma vie.
Alors bingo, je m’inscris à cette course qui fait partie des 4 “majors” des courses du circuit mondial UTMB. Pour pouvoir participer à une finale UTMB (UTMB, CCC ou OCC), il faut remplir deux conditions: valider un certain nombre d’UTMB Index (20K, 50K, 100K ou 100M) et collecter des “running stones”, des points à cumuler qui donneront des chances au tirage au sort final. La TDL est cotée 100K et rapporte 6 running stones. Je me renseigne et découvre que la course est organisée le 1er week-end de juillet, plusieurs distances, dont un 75K qui est proposé pour la première fois. Le nombre de places étant limité, je ne traîne pas à réserver mon dossard. Ce à quoi je n’avais pas pensé, c'est que la TDL est la première course de ce long week-end de courses, qui commence un mercredi, plutôt improbable!
1er juillet 2026 - jour de course
Je réserve un hébergement à Vielha, à une dizaine de minutes à pied du village UTMB, zone d’arrivée de toutes les distances. Mon réveil est matinal après une très bonne nuit. Des navettes en bus sont proposées pour rejoindre la ligne de départ à Bossòst, à une petite quinzaine de kilomètres par la route principale. Je me présente au bus vers 6h30. L'organisation est au top. Je suis finalement sur la zone de départ à 6h45, pour un départ à 8h. Pendant ce temps d’attente, qui finalement n’est pas trop long, je me fais contrôler mon sac. Des commissaires vérifient si nous avons tous les matériels obligatoires, en particulier le sac de survie. J’ai droit à une pastille verte sur mon dossard, le n°10516. Le temps est légèrement couvert avec une température agréable de 15°C, ça change des températures caniculaires que nous venons de subir la semaine dernière.
Après les consignes données en espagnol et en anglais (je n’ai pas tout compris), et une musique de mise en condition, le départ est donné à 8h00. Je suis heureux d'être là, plutôt détendu. Je suis complètement dans ma bulle. J’ai fait le déplacement seul, mais il y a aussi énormément de nationalités différentes de représentées ce qui ne facilite pas la communication entre participants. Je m’attendais à ce qu’il y ait beaucoup de coureurs, mais au final, on est 732 sur la ligne de départ de cette première course.
Après un petit tour d’environ 1km dans les ruelles du village, on entre rapidement dans le vif du sujet, la montée. Que de la montée jusqu’au col de Portillon où se trouve le 1er ravito. Nous prenons 720 m de D+ en un peu plus de 7 km. Je suis dans une logique de m’économiser physiquement. C’est une course de prépa, et je ne suis qu’au début. Pour cette première section, je n’emporte que 1 litre d'eau.
Un second ravito est prévu au km17. Il fait bon, mais nous atteignons les nuages. Nous sommes dans le brouillard. Pour ces 10 nouveaux km, je fais le choix de rester sur 1 litre d’eau, ça devrait être suffisant. Nous montons toujours, les pentes sont de plus en plus raides. Nous ne sommes plus franchement sur des sentiers. Nous montons à travers la montagne, dans les pâturages et la caillasse, en ligne droite. Les pentes sont impressionnantes. Après la course, je me rends compte que certaines sections sont indiquées à 50% de pente. Ça tire dur sur les quadriceps. Je passe le 17ème, le 18ème. Pas de ravito! Il va falloir attendre le prochain prévu au km26. Nous passons un premier sommet situé à 2450m d'altitude. On a pris 2350m de D+ sur 20km. Je gère mon eau, mais je suis conscient que je ne bois pas assez. J’ai l’impression d’avoir des poteaux à la place des jambes. Je commence à ressentir les premiers signes de crampes alors que je ne suis encore pas au 25ème, ça va être long, très long.
Nous suivons la frontière sur les crêtes entre la France et l’Espagne. Termières dera Libertat signifie frontières de la liberté. Inspirée des chemins cachés qui, pendant des décennies, ont servi de routes d’évasion pour ceux qui fuyaient les guerres, les persécutions et la répression. Petit clin d'œil au marathon que Nadège a couru à Caen début juin: Le marathon de la liberté, dans le cadre des commémorations du débarquement des forces alliées en normandie.
Entre le 20ème et le 50ème, c’est très difficile. Mes quadri, certainement pas assez préparés, souffrent et crampent (promis Guillaume, j’essayerai d’être plus assidu à la PPG !) Je découvre même un muscle à l’intérieur de la cuisse dont j’ignorais l'existence. Il se contracte, c’est très douloureux. J’ai l’impression que l’insertion au niveau de l’aine va s’arracher. Je suis obligé de faire des pauses dans les montées, je sens que je manque de souffle et d’énergie. Le mental commence à me lâcher, et dire que je ne suis pas encore à mi-course! Sur mes autres courses, j’ai souvent vécu des coups de moins bien physiquement, mais le mental ne me lâchait pas. Hugo, tu veux refaire un 100 miles en fin d’été!
Je profite du ravito 4 au km 40 pour faire une bonne pause d’environ 15’. Je mange des pâtes et prends soin de bien me réhydrater.
Il faut avancer, chaque pas me rapprochera de l’arrivée, alors je mets un pied devant l’autre et je recommence. Je me mets en mode “besogneux”. Sur la portion entre le 40ème et le 50ème, je ne me souviens pas bien des paysages, trop concentré à avancer. Le parcours est toujours aussi difficile et technique, j’ai toujours mal aux jambes dans les montées et les descentes, mais je commence à reprendre le dessus mentalement. Ces fortes pentes me font penser au “pas de la crabe” ou à la montée du Serpolet. Ceux qui ont fait le tour des lacs du GRP en 2023 me comprendront.
Au ravito 5, km 53. Il me reste un peu plus de 20 km, je suis à 11h15 de course, et je sens que je vais la terminer cette TDL. Je parviens à relever la tête du guidon et à profiter de la beauté des paysages. La journée se termine et je ressens cette ambiance de soirée d’été, avec une belle luminosité. J’ai réussi à reconstituer mon énergie (physique et mentale). Il reste un dernier gros sommet à 2220 m au km63. J’allume ma frontale au sommet et commence la dernière descente. Très pentue sur les trois premiers kilomètres jusqu’au ravito 6, puis plus douce sur une piste forestière. Une dernière petite patate et l’arrivée dans le village de Vielha se dessine. Je m’étais représenté mentalement cette arrivée quand j’étais dans le dur. Quel bonheur de courir sur un terrain presque plat. Malgré l’heure tardive, il y a encore des supporters dans les rues et beaucoup de bruit à l’arrivée. ça fait chaud au cœur. Je franchis la ligne d’arrivée et tente de sonner la traditionnelle cloche sous l’arche, mais il n’y a pas de marteau au bout de la corde!.
Au final, 74,9 km, 5092m de D+, 15h42 de course.
611 finishers et 122 abandons
Après un burger proposé au ravitaillement final, je rentre tranquillement en marchant vers mon hôtel. Il fait un peu frais, je mets mon coupe vent. Ce moment là aussi, je me l’étais représenté mentalement. Quel bonheur.








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